Sanofi : "Quand la vie ne tient qu'à un fil industriel"


Barbelés devant les cellules du camp S21 à Phnom Penh

Un peu de musique sur fond de "fluctuat nec mergitur" pour accompagner ce récit ne fera pas de mal :

https://soundcloud.com/betterthanporn/fluctuat-nec-mergitur


Bonne lecture !


Arrivés devant les grilles de l'hôpital c'est la cohue. Des centaines de personnes sont entassées et attendent sur des dizaines de mètre. Mais d'où peuvent-ils bien sortir ? Le lieu est totalement différent de celui que nous avions trouvé la fois précédente. Notre taxi emprunte la voie des véhicules et pénètre dans l'enceinte de l'hôpital où des gardes armés nous laissent passer. Nous sortons du véhicule et prenons la direction de l'accueil, passant devant toute la file d'attente à l'extérieur... Étrange... Une fois pris en charge, un médecin nous reçoit :

"Bonjour, nous sommes là parce qu' il faut effectuer la 5ème injection anti rabique... bla bla bla"

"D'accord, je vois..."

"Dites, qui sont tous ces gens dehors ? Que font-ils là ?"

"Aujourd'hui c'est la journée mensuelle de vaccination contre la rage. Il y a 1500 personnes qui attendent. Vous comprenez, c'est difficile pour moi et mon peuple. Mon peuple souffre, et vous, vous venez ici pour le même vaccin. Nous n'en n'aurons pas pour tout le monde. Si je voyais la morsure je vous refuserais sûrement. Vous êtes certains de vouloir une dose ? Pensez-y, parce que si vous en prenez une, vous tuez un cambodgien"

"Euh pardon ? Bah oui, c'est le processus et moi aussi je suis mal en point"

"Tkt ils doivent bien en avoir des doses, c'est Pasteur Sanofi ici"


Alors que nous effectuions le paiement, nous questionnons l'infirmière qui nous glisse d'une voix plus basse :

" Oui, les personnes viennent bien se soigner"

" Se soigner ? Mais comment ça ? De la rage ? Elles ont toutes été mordues ?"

"Oui"

"Mais y'a qu'une seule vaccination par mois ?"

"Oui"

"Mais il faut une injection dans les 48h pour que la vaccination soit efficace"

"Oui"

"Mais ils peuvent mourir non ?"

"Oui, nous le savons, la plupart vont mourir."

"Whaaaaaaaat ?" [Long silence...] "Mais pourquoi viennent-ils ici ?"

"Parce qu'aujourd'hui c'est moins cher et qu'il n'y a qu'ici maintenant qu'ils peuvent venir. Enfin non, on a un nouveau institut Pasteur à Battambang."

[Très très long silence d'étonnement et de consternation]

Et elle poursuit "certains viennent de loin, mais nous n'avons pas assez de vaccins alors il faut les renvoyer chez eux car il est sans doute trop tard pour eux.

"Mais pourquoi ne viennent-ils pas plus tôt ?"

"Ils ne savent pas"


File d'attente devant l’hôpital pour enfants de Phnom Penh à 6 heure du matin

Stupéfaits un très long moment, nous prenons finalement le chemin de la sortie après la vaccination. Là alors, au moment de quitter l'enceinte du bâtiment nous croisons ces centaines de personnes paniquées, apeurées, le regard sombre et vide. Comme si la vie avait quelque part quitté le regard de certains de ces individus. La tristesse mêlée à un sentiment d'incompréhesion révoltée nous envahie.

Un homme s'énerve non loin de là en début de file d'attente. On ne comprend pas le langage cambodgien mais les signes qu'il communique à ses interlocuteurs parlent pour lui. Il est épuisé, fatigué, au bout du rouleau. Il est furieux et peste contre des médecins à l'entrée comme si l'accès venait de lui être être refusé, à lui et sa famille. Il est fou de rage. Mais que peut-il faire ? Porter plainte ? A quoi bon ? Dans un pays où l'air de la corruption prend le dessus, les civils ne croient plus en une justice équitable. Il est pourtant au bout d'une file d'attente interminable mais les médecins demandent aux vigiles et militaires (armés évidemment) de venir le sortir de l'établissement en usant de la force si besoin. ahuris, nous contemplons la scène en simples spectateurs. Mais quelque chose attire notre attention. A travers les militaires présents pour réguler les mouvements de la foule, les médecins trient sur le volet les éventuels patients. Ceux-ci tiennent tous une feuille dans la main. On ne saura jamais ce que celle-ci peut contenir mais on imagine parfaitement qu'il peut s'agir d'un genre de questionnaire du genre : Mordu ? Oui/Non --- Si oui, depuis 1/3/+7 jours (plus de 7 jours les redirigeant vers la sortie) --- Situation de la morsure ? cou=Exit / Jambe=soin.

Un aperçu de la file d'attente à l'entrée de l'institut Pasteur

En montant dans le véhicule, nous partons avec mille questions. Alors oui, l'Institut Pasteur soigne préventivement et curativement contre la rage certes mais : Pourquoi tous ces gens ne sont-ils pas au courant de la maladie et de sa gravité ? En Birmanie, pays dit "plus pauvre" et "moins développé" la population connait bien les causes, les risques et les traitements de cette maladie mortelle et incurable si non traitée à temps. 5 heures de bus pour venir faire soigner son enfant pour un vaccin à moitié prix. C'est 2 journées sans salaire (qui évidemment n'est déjà pas très élevé), c'est 10/20$ l'aller-retour par personne pour le ticket de bus. Alors en plus, ils sont triés sur le volet ... Impossible bien sûr de comparer cela à l'atrocité exécutée dans nos pays d'Europe il y a 70 ans, ce serait trop réducteur mais il en reste toujours que dans les deux cas, l'humain est rendu à l'état animal, c'est du bétail, la donne ne change pas.

Nous nous sommes rapidement rappelé les événements de la veille. Chaque hôpital/clinique contacté nous répondait "Nous n'avons plus de vaccins anti-rabique. Avant nous en avions mais plus maintenant nous ne savons pas pourquoi". Une clinique nous avait même dit "Nous n'avons plus le droit d'avoir le vaccin ni de l'administrer". Etrange non ? Pourquoi n'y a-t'il plus de vaccination en campagne ? Pourquoi a-t'elle été supprimé en dehors de Phnom Penh ? Pourquoi nous sommes nous laissé dire que ce processus est assez récent ? Qu'est ce qui a pu déterminer l'état cambodgien à retirer les vaccins anti-rabique de son pays ? Pourquoi n'y a-t'il qu'à l'institut Pasteur (Phnom Penh et Battambang depuis peu) que celui-ci peut être administré ? Pour des raisons sanitaires ? Non, laissez ce genre de réponses pour les porte paroles du gouvernement nous n'y croyons pas.

Et puis après tout, qui sommes nous face à ce problème ? Qui sommes-nous pour avoir eu le droit au vaccin ? Blanc ? Européen ? Français ? Quelle chance de plus avons nous par rapport à tous ces gens que nous avons croisé ?

Nous auraient-ils vraiment refusé le vaccin (lorsque le médecin a tenté de nous en dissuader) si nous avions contacter l'ambassade ?

Il est bon de rappeler que, la veille nous avions appelé et on nous avait répondu "qu'il est préférable de venir l'après midi". Il est bon de se rappeler que lors de notre premier passage à l'institut à notre arrivée dans la capitale il nous avait été dit "des fois on a plus de vaccin ça dépend".

Mais pourquoi tout ça ?


Comment Pasteur, enfin Sanofi, créateur du vaccin ne peut-il pas assez produire pour un pays à forts risques ?

Comment et pourquoi (si vous avez bien lu entre les lignes plus hauts) Sanofi a-t'il fait interdire la vaccination en dehors de ses instituts et donc hors de Phnom Penh (mettant à part le cas de Battambang qui vient d'ouvrir) ? Comment se fait-il que le seul autre hôpital ayant accès au vaccin est un institut privé à Siemp Reap aux facturations démentes (nous avons goûté à l'addition salée).

Est-ce que tout cela est trop coûteux pour le distribuer à travers tout le pays ?

Car Sanofi a donc obtenu des autorités cambodgiennes le monopole de ce vaccin.

Parlons nous de santé ou d'économie ?

Qui est Sanofi pour décider ou non de soigner (voir même de sensibiliser) une population contre une maladie mortelle.

Et pire, alors qu'en Birmanie tout le monde obtient la vaccination préalable gratuitement, que des campagnes de vaccinations canines sont effectuées, rien n'est mis en place au Cambodge. Sanofi laissent des gens mourir et ils le savent.


Nous étions là pour compléter le schéma de vaccination permettant de ne pas contracter la rage. Schéma créé et établi par Pasteur lui même. On nous a incité à ne plus suivre le protocole. Nous avons compris que la manne pharmaceutique est plus importante que la santé. L'argent est donc plus puissante que la vie elle-même.

Dans quel monde vivons nous réellement ?


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