Myanmar - Lac Inle



Comme à l'accoutumée voici deux petites musiques pour vous accompagner :

1- https://soundcloud.com/crackirecords/menage-a-trois-south-seas-2

2- https://soundcloud.com/parcels-music/gamesofluck-1

(la signification du titre "ménage à trois" aura plus de signification lors de la lecture ;) )


Nous voici à Nyaung Shwe, ville principale au bord du lac Inle sur lequel nous avons pu glisser la veille, le temps d'une petite balade bien méritée après ce trek.

Ce matin, nous profitons d'un peu de repos avant de changer de guesthouse. Nous prenons la direction d'une auberge de jeunesse recommandée où nous y retrouverons de bons conseils de sorties et une bonne ambiance. Nous sommes toujours sous le coup de notre aventure des trois derniers jours et profitons de cette journée pour faire un tour du lac à vélo. Visite de quelques temples puis petite pause déjeuner dans un restaurant au bout d'un ponton en teck, ceci après une traversée en pirogue (avec nos vélos !). Le soleil est au rendez-vous, nous flânons tout en pédalant, c'est bien agréable.




Sur notre chemin de retour se trouve un vignoble que nous n'hésitons pas à visiter. Dégustation de vin rouges et blancs sur des cépages français. Le blanc est assez bon, fruité même. Quant au vin rouge, il faut l'avouer, nous n'avons pas bu nos verres (oui oui ça nous arrive des fois de ne pas finir notre verre. ah ah!). Il aurait pu réveiller un mort ! Cela nous rappelle que le vin nous manque, mais pas autant que la charcuterie et le fromage. Il va falloir remédier à cela. La vue sur le lac depuis les vignes est splendide.







Retour sur nos vélos après avoir croisé Zoh et Ellie (nos acolytes coréennes) en repartant du vignoble. Manon a quelques difficultés à pédaler après ces quelques verres mais nous arrivons à bon port pour prendre un apéro bien mérité à l'auberge. Nous y croisons Geoffrey qui voyage depuis 16 mois autour du monde et avec qui nous réservons un trip pour le lendemain. Après quelques verres en compagnie d'un allemand lui aussi en voyage depuis quelques mois, nous partons dîner au restaurant "French Touch". Manon n'hésitera pas à prendre une pizza (pour changer) gigantesque. Gaëlig aura même la chance d'y trouver du Ricard. On les a bien mérité ! Le restaurant est délicieux mais la fatigue vient rapidement.

Départ à 8 heure le lendemain pour les temples et artisanats autour du Lac Inle. Avant de partir avec Geoffrey nous croisons Aliénor qui cherche elle aussi éventuellement à faire ce genre d'excursion. Nous lui proposons de se joindre à nous pour partager ce moment (et aussi les frais).

Nous embarquons avec un homme à la mine marqué mais qui semble très gentil. Décontractés, nous nous laissons voguer à travers le lac, ses canaux, ses villages pour arriver au premier temple. Après une courte marche nous arrivons là où des dizaines de pagodes sont édifiées, restaurées ou en ruines. Mais quelles couleurs ! L'endroit est merveilleux. Et dire que tout ceci était à l'abandon pendant de nombreuses années.

Un joyau caché loin dans la forêt. Sur le chemin nous prenons le temps d'observer avec quel savoir-faire les ouvriers restaurent les pagodes en ruine. Tout est d'une géométrie presque parfaite. L'harmonie du lieu doit être conservée et tout est fait avec soin et minutie.





En chemin vers notre prochaine destination nous voyons nombreux hommes travaillant dans les canaux : consolidation de barrages en bambou, retrait de sable au fond de l'eau à la main (pour en faire mortiers et béton), réparation de pont... les femmes sont souvent à quai devant les échoppes, au marché ou à faire la lessive près du cour d'eau. Le lac et ses affluents sont le fil conducteur de leur vie.


Nous visitons un village producteur de poterie sous différentes forme. L'ambiance y est étrangement calme. Ignorant jusqu'à ce jour les techniques de fabrication, nous avons été bluffé par l'aisance et la dextérité de ces artisans. En partant du village on se rappelle qu'avant (en parlant pour le coup des romains et des grecs), les contenants était en poterie, ce qui permettait une fabrication locale et surtout un ré-emploi même après casse.


Et oui, c'est de l'argile mélangé à de l'eau, le tout séché. Alors si c'est cassé, il suffit de le remettre dans de l'eau, le laisser se dissoudre puis reformer/remouler un nouvel objet. On est bien loin de tout ça avec notre plastique et notre uranium. Il parait qu'avec le temps l'Homo Sapiens est devenu plus intelligent. Peut-être oui, mais il n'est pas devenu plus malin apparemment.

Avant de quitter la rive nous voyons une embarcation amener de la matière première au village pour la fabrication et depuis la terre un véhicule transportant rondins de bois et pierre concassé. C'est un port de commerce improvisé et il s'apprête à faire un échange commerçant. Nous avions décidé la veille d'étendre l'excursion jusqu'à la pointe sud du lac pour sortir des sentiers touristiques et visiter des temples encore vierges de toute ombre touristique. Notre guide de la journée nous emmène donc loin de là dans un temple désert où seuls les corbeaux se font entendre.

Sur le quai, quelques femmes entassent des bûches, des enfants s'amusent mais il n'y a personne. Nous partons à pied jusqu'au temple. Aliénor et Geoffrey partent devant. Pour apprécier un peu plus ce temple nous profitons de sortir du chemin principal pour ressentir de plus près l'air mystique du lieu. Mais soudain, alors que nous étions en train de contempler les pagodes et d'en immortaliser le moment, un chien se met brusquement à se ruer dans la direction de Manon. Agressif et excité il court, se jette sur Manon qui se blottit sur elle-même puis la chique à trois reprises lui incisant la peau à 5 endroits bien distincts. Les cris se mêlent aussitôt à la peur. Que feriez-vous dans ce moment ? Vous l'êtes-vous même déjà imaginé ? Nous non. On nous a toujours répété en Asie de ne pas bouger lorsqu'un animal devient agressif. Apparemment ce n'est pas une si bonne idée, mais Manon elle, s'est vu désemparée, paralysée par la peur, ne sachant plus quoi faire pour se débarrasser de ce molosse qui semblait avoir une dent contre elle (on s'améliore comme on peut en jeu de mot^^). Gaëlig lui, voit la scène à quelques mètres.

Ne lui demandez pas pourquoi car il n'en sait rien mais sa réaction a été toute autre : il décida sans attendre de se ruer sur le chien. On ne se l'imagine pas mais en l'espace de 5 secondes on peut penser à beaucoup de choses. Durant cette course où il hurle contre le chien pour tenter de lui faire peur il pense à tous les scénarios possibles et se dit "j'vais lui mettre un énorme kick dans sa gueule à ce gros bâtard" "le plus important c'est qu'il lâche prise". Bien inutile (et heureusement car en tong et en short frapper du pied la gueule d'un chien enragé ce n'est pas la chose la plus intelligente) car le chien prend peur, recule de 2 mètres, le temps pour nous de nous échapper, sauter un petit muret et de retrouver le chemin principal où se trouve nos compagnons de la journée. Manon, le pantalon déchiré, sent la douleur l'élancer. Elle a senti les crocs pénétrer sa chaire et pense très rapidement que sa jambe est "défigurée" (oui, vous le noterez, ça signifie que la jambe perd la forme initial de son visage, sacrée expression).

Elle a besoin d'un peu de souffle mais veut tout de suite partir loin de cet animal qui nous guette à quelques pas. Nous partons au plus vite, Manon aux larmes impardonnables et au boitillement singulier. Un chien sur notre chemin nous regarde fixement mais semble moins menaçant que le féroce. Nous guettons que ce dernier ne revienne pas à la charge en étant aux aguets de tous les côtés. Arrivés au bateau, les cris ameutent les quelques femmes et enfants vers nous. Manon retire délicatement son pantalon pour que l'on puisse observer l'état de sa jambe. Il n'est pas l'heure de l'inquiéter plus mais, sans être médecin nous devinons que ce n'est pas bénin et nous imaginons tous la douleur qu'elle peut alors ressentir. Les dames birmanes ont alors un rictus au visage voulant dire "ah oui quand même c'est chaud".

Vint alors notre guide et pilote de la journée. Gaëlig entame alors une discussion se situant entre le langage des signes et onomatopées pour lui expliquer la situation. Le monsieur, d'un calme incroyable ne semble pas comprendre. Nous lui avons demander de rentrer pour aller se faire soigner au plus vite. La ville est à plus d'1h30 mais nous ne sommes pas certain qu'il ait bien compris. L'homme s'arrête 2 fois dans des villages flottants "Mais que fait-il ? Faut y aller là ! On a pas de temps à perdre ça urge !". 15 minutes après l'embarquement nous voici sur la terre ferme. L'homme a en réalité demandé le chemin le plus court pour trouver un médecin, quelle gentillesse.

Nous voici dans une sorte de clinique où les médecins ont disparu et où les patients, certainement habitants du village, viennent à notre rencontre. Leur tête en voyant l'état de la cuisse ne nous rassure pas du tout. Ils semblent savoir de quoi il s'agit mais ne parle pas un mot d'anglais. Un homme semble appeler un taxi pour nous mais nous lui indiquons que nous continuerons notre route. L'infirmière et médecin arrive alors menant Manon à l'arrière de la salle pour la soigner. Nettoyage et désinfection de la plaie, mise en place de compresses. Les locaux sont tous là, nous demandant si tout va bien, aidant Manon à monter dans l'embarcation, nous saluant comme pour donner du courage à Manon.

Nous sommes sur le chemin du retour mais nous voulons toujours effectuer le reste des visites : atelier de fabrication de pirogues (les embarcations sont sacrément perfectionnées), atelier de tissage de fleur de lotus (tout à la main, nul doute qu'il doit y avoir de plus grandes usines motorisées, car fabriquer une écharpe en une semaine c'est long). Le tissu est doux mais le prix l'est beaucoup moins. Dès 250€ pour une écharpe, il faut vraiment aimer la douceur du tissu à ce prix là. Les vêtements sont d'une couleur parfaite et surtout naturelle. Ici, pas de teinture chimique. Un véritable travail de petite souris. Puis nous visitons enfin la fabrique de cigare aux différentes senteurs : anis, champignons, menthe, lotus,... et bien d'autre. Manon tirera une petite taffe pour se donner de l'air (jeu de mot level 100). Il faut arriver rapidement dans la ville car s'il n'y a pas de vaccin nous devons prendre immédiatement la route pour la capitale, quitte à ce que ce soit un taxi de nuit et que cela nous coûte cher. La santé on ne l'a qu'une seule fois. Sur le trajet, nous pourrons assister à un spectacle que nous n'imaginions même plus. Un somptueux coucher de soleil. Réchauffant le corps et les esprits avec ses reflets orangers et flamboyant sur les eaux calmes du lac. Notre plus beau coucher de soleil certainement.

Une fois arrivée à Nwaung Shwe deux jeunes hommes nous attendent, l'un amène Manon chez un médecin le plus proche, celui-ci la redirigeant vers l'hôpital. Nul doute il faut faire au plus vite, apparemment, au vu de son regard ça ne peut pas attendre, "faut pas blaguer avec ça" dit-il d'un ton sérieux. Nous voici en route sur les motos de nos deux jeunes pilotes. Ils nous amènent à l'hôpital où la prise en charge est rapide. Un chien s'intéresse à nous, semble devenir agressif mais nos jeunes compères le chassent en nous disant "il le sent". Mais il sent quoi au juste ? "il sent la morsure [nous répond-il]. Lorsqu'un chien mord un autre individu, les autres chiens sentent qu'il s'est fait mordre et qu'il est faible et que maintenant c'est la proie". Intrigant. Le médecin nous reçoit et d'un calme rassurant permet aux esprits de s'apaiser. Administrant vaccins et immunoglobuline avec ce "c'est bon vous ne risquez plus rien maintenant". Rassurant. Après 1 heure, nos deux jeunes garçons qui nous ont gentiment attendu (alors qu'on leur avait proposé de retourner chez eux s'ils le souhaitaient) nous ramènent sur leurs motos. "C'est le pantalon rouge qui a excité le chien" dit l'un d'entre eux. "Le rouge ils n'aiment pas ça les chiens". Les deux jeunes hommes nous ramènent refusant que l'on paye un service. Non, ce n'est pas un service mais de l'aide qu'ils apportaient. Ils ne voulaient pas faire ça pour de l'argent. Ils nous expliquent qu'ils prendraient mal le fait d'accepter de l'argent. Gentillesse, dévouement, politesse, entre-aide, sympathie, bienveillance... tout ça en une journée... L’événement est malheureux mais nous ne serons jamais assez surpris par ce pays. Pour fêter le tout, après un temps de pause à l'auberge nous repartons dans notre restaurant de la veille. Manon aura bien mérité de se remplir la panse. Et évidemment, c'est "surprenant" mais elle prit une pizza.

La nuit a fait un bien fou après ce périple. Les émotions se sont quelques peu dissipées mais nous voulons poursuivre notre voyage à tout prix dans le même esprit. Nous optons pour une dernière journée à Inle Lake et choisissons de partir vers la campagne alentour.

Direction donc Kakku dont nous avons entendu beaucoup de bien en compagnie d'Aliénor que nous recroisons le matin. Visite de Shwe Yan Pyay dans un premier temps où nous ne boudons pas notre plaisir en voyant le charmant édifice en bois sur pilotis où de jeunes moines révisent et étudient ainsi que le petit temple dans lequel un déambulatoire regorge de petites niches rouges et blanches contenant des mini-bouddhas.









Après un passage par un temple haut perché (ressemblant très étrangement à Ananda Temple à Bagan mais en plus petit), notre chauffeur, gentil comme tout ( qui aura même prévu des collations pour le trajet, adorable !), nous amène tous les trois jusqu'à un lieu "que personne ne connait" insiste-t'il.




De toutes petites grottes où niches des bouddhas à flanc de la colline, taillés directement dans la roche.

Manon garde tout son courage, sa plaie saigne abondement mais elle tient bon malgré la douleur l'empêchant de s’asseoir.

Nous n'étions pas au bout de nos surprises, car nous voici arrivé à Kakku. Laissé à l'abandon avant les années 2000, ce lieu où se dresse pas moins de 2500 stûpas sur lesquels se dressent de nombreuses ombrelles. L'endroit est rénové en grande partie et loin de l'agitation d'In Dein. Le calme s'y impose et nous y apprécions le son du scintillement des carillons.


Tout ceci immergé en pleine nature, presque perdu dans le néant, on se demande ce que ce sanctuaire fait ici. Les couleurs s'entre-mêlent formant un panel de gris, de rose, de jaune, d'orange, de vert qui vous illumine le cœur. Quelques ouvriers reconstruisent encore quelques parti de le lieux, quelques croyants viennent prier. Hommes et femmes arborent des tenues tout aussi colorées que ne l'est ce temple. Si l'on devait comparer ce lieu à quelque chose, on le comparerai à un bijou, un joyau unique encore jamais trouvé. Nous sommes ébahis par la splendeur de tout ceci. Nous ne voudrions plus partir.


Pour terminer la journée, nous irons observer le lac une dernière fois depuis les hauteurs d'un monastère. Tout ceci avant de prendre un bus de nuit en direction de Mawlamyaïne et un dernier nettoyage de plaies d'urgence.

Ce court passage à Inle nous aura rempli la tête de souvenirs merveilleux que nous ne sommes pas prêts d'oublier. Nous attendons la suite avec impatience...

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